News: 2022-03_belgaimage-189460003-full-255x170

  ARM Give a man a fire and he's warm for a day, but set fire to him and he's warm for the rest of his life (Terry Pratchett, Jingo)

La crise est totale chez les écologistes flamands et personne ne s’empresse de la résoudre

([Politique] 2022-03-01 (Het Laatste Nieuws))


C’est la crise chez Groen. Après Petra De Sutter, Tinne Van der Straeten quitte à son tour le navire. Et personne ne se bouscule pour reprendre la barre du parti. Signal inquiétant d’un parti qui s’enlise ? Groen a besoin d’un nouveau capitaine solide, c’est une question de survie.

Et ils ne furent plus que… six. Groen perd un député de plus. L’ancienne ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten, quitte la Chambre pour prendre la tête de WindEurope, la fédération du secteur éolien en Europe. Élue sur la liste bruxelloise commune avec Ecolo, elle ne sera pas remplacée par un ou une autre candidate Groen, mais par la francophone Claire Hugon

Au parti, cette reconversion ne surprend personne. Tinne Van der Straeten a toujours eu la réputation d’une technicienne plus à l’aise dans ses dossiers que dans l’arène politique. La communication n’a jamais été son fort : en tant que ministre, elle a commis plusieurs maladresses qui la poursuivent encore aujourd’hui. Pour l’un des visages de la Vivaldi, trouver sa place dans l’opposition a été d’autant plus difficile. Se retirer de la politique semblait donc un choix logique.

[1]Les écologistes flamands confrontés à la même question existentielle que leurs homologues wallons

« Le parti ne va pas bien. »

Contrairement à sa collègue écologiste Petra De Sutter, Tinne Van der Straeten n’a jamais été populaire auprès du grand public. Quelque part, certains parlementaires voient dans son départ une opportunité : un moyen peut-être pour Groen de se débarrasser de l’étiquette « Vivaldi ». Mais il faudra bien plus au parti pour retrouver sa pertinence.

Slogans tapageurs



« Le parti ne va pas bien. » Il y a un mois, à l’émission dominicale de la VRT « De zevende dag », Elke Van den Brandt, ministre bruxelloise démissionnaire et figure de proue du parti, ne mâchait pas ses mots : Groen est en crise. Comme au lendemain de sa précédente participation au gouvernement et de sa défaite électorale de 2003, le parti doit se réinventer. Un an et demi après le scrutin, il n’y est manifestement pas encore parvenu.

Dans l’opposition, Groen ne pèse guère. À gauche, le leader incontesté, c’est le PTB. Les slogans tapageurs brandis par les communistes ne sont pas du goût des écologistes. « Pas notre style », entend-on chez plusieurs députés. « Les extrêmes trouveront toujours le moyen de crier plus fort que nous. » Mais comment, alors, capter l’attention de l’électorat chez Groen ? Dans le parti, personne ne semble avoir la réponse.

Il faut dire que s’opposer à un gouvernement fédéral qui entreprend des mesures largement soutenues en Flandre, comme la limitation dans le temps des allocations de chômage, n’est pas chose facile. Mais Bart De Wever et son équipe ont aussi pris des décisions qui hérissent bon nombre de Belges : le saut d’index partiel (« indexation en centimes »), la réforme des pensions ou encore la hausse de la TVA. Voilà des sujets en or pour un parti de gauche dans l’opposition, d’autant plus qu’ils mettraient en difficulté Vooruit (le parti socialiste flamand), son concurrent direct dans le gouvernement. Et malgré tout, Groen ne parvient pas à toucher la corde sensible ou à proposer une alternative jugée crédible par un large public.

[2]Le choix cornélien de la nouvelle présidence de Groen

Phase d’approche



Ou alors plus personne n’écoute quand les verts prennent la parole. Car c’est là un autre problème majeur : Groen manque cruellement de figures capables d’incarner son discours. Avec sa popularité, Petra De Sutter savait toucher un électorat écologiste moins traditionnel. Mais depuis qu’elle a renoncé à la présidence du parti et quitté la politique, il ne reste, pour ainsi dire, que des parlementaires peu connus ou politiquement « grillés ».

Dans ces conditions, porter un projet et un narratif relève de la gageure. Tous les espoirs se sont alors portés sur le nouveau président, Bart Dhondt. Mais après une année sans visibilité ni relief, il a lui-même jeté l’éponge à la mi-décembre.

Depuis lors, en coulisses, se joue une véritable phase d’approche chez les écologistes. Parlementaires et politiques se téléphonent, se rencontrent, se jaugent, pour sonder les intentions de chacun : qui se jettera dans la bataille ? Des noms circulent – de l’ancienne présidente Nadia Naji à l’échevin gantois Filip Watteeuw, en passant par le député Matti Vandemaele – mais aucun candidat officiel ne s’est encore déclaré. Il faut dire que la période de dépôt des candidatures vient de commencer cette semaine.

Une seule certitude toutefois : personne ne semble vraiment enthousiaste à l’idée de reprendre le flambeau. Que personne ne se sente appelé, ni même motivé, à prendre les rênes de Groen est en soi un signe alarmant. Le parti frère Ecolo est confronté au même malaise : des élections à la présidence sont prévues le 25 janvier, mais là aussi, les candidats se font rares.

[3]Nadia Naji (Groen) : “Je ne fais pas partie des électeurs ‘classiques’ de Groen”

Où est passé le climat ?



En tout état de cause, la pression sur les épaules de la nouvelle présidence du parti sera considérable. Il s’agira de donner un nouveau visage à Groen dans un contexte international qui ne joue pas en sa faveur. Partout en Europe, les écologistes sont en recul. Les politiques environnementales naviguent de plus en plus contre le vent que portées par lui. Et si un nombre croissant de citoyens subissent directement les conséquences du réchauffement climatique – incendies de forêt et canicules extrêmes, inondations et tempêtes – le thème du climat a complètement disparu de l’agenda politique.

La population se préoccupe surtout de la sécurité et du pouvoir d’achat. Et dans beaucoup d’esprits, écolo rime encore avec « cher ». Le parti peine toujours à convaincre que les mesures écologiques peuvent, à long terme, se révéler avantageuses pour leur portefeuille. Toutefois, de nombreux écologistes gardent espoir : tôt ou tard, le climat se réimposera bon gré mal gré à l’agenda politique. Groen pourra alors récolter les fruits de son combat après avoir été le seul, pendant des années, à défendre cette thématique à bout de bras.

La personne élue devra conduire Groen aux élections de 2029.

Groen ne peut plus se permettre le luxe d’une erreur de casting. La personne élue devra conduire le parti aux élections de 2029. C’est-à-dire affronter, pendant la campagne, des présidents de partis habiles en communication et aguerris par des années de politique. Car sans solide capitaine à la barre, le bateau risque de couler.



[1] https://daardaar.be/rubriques/politique/les-ecologistes-flamands-confrontes-a-la-meme-question-existentielle-que-leurs-homologues-wallons/

[2] https://daardaar.be/rubriques/politique/le-choix-cornelien-de-la-nouvelle-presidence-de-groen/

[3] https://daardaar.be/rubriques/politique/nadia-naji-groen-je-ne-fais-pas-partie-des-electeurs-classiques-de-groen/



U.S. of A.:
"Don't speak to the bus driver."
Germany:
"It is strictly forbidden for passengers to speak to the driver."
England:
"You are requested to refrain from speaking to the driver."
Scotland:
"What have you got to gain by speaking to the driver?"
Italy:
"Don't answer the driver."